Une convention d’engagement pour une communication publique sans stéréotype de sexe : est-ce bien utile ?

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Notre intervention lors du Conseil municipal du 15/02/2018

Les stéréotypes de genre et le sexisme continuent d’être un obstacle à la réalisation de fait de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le Président de la République  a lancé officiellement en novembre dernier lors de la Journée mondiale de lutte contre les violences faites
aux femmes, la grande cause nationale consacrée à l’égalité entre les femmes et les hommes – égalité dans la sphère privée en  permettant
aux femmes et  aux hommes de concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle, égalité dans la vie professionnelle en permettant aux femmes de vivre de leur travail en s’assurant du respect des lois existantes,  lutte contre le harcèlement et les violences faites aux
femmes.

L’action dans ce domaine passe à la fois par des mesures concrètes dans l’ensemble des politiques publiques et par une démarche éducative et culturelle à laquelle se rattache la lutte contre les stéréotypes qui freinent le progrès vers une égalité plus réelle.

Vous nous proposez ce soir d’approuver la signature de la Convention d’engagement pour une communication publique sans stéréotype de sexe lancée en 2015  par le Haut Conseil de l’égalité entre les femmes et les hommes, signée en deux ans par à peine une cinquantaine de signataires : quelques ministères, quelques écoles, certaines villes et d’adopter dans sa communication publique le guide pratique qui
comporte 10 recommandations.

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec certaines de ses recommandations – éliminer les expressions sexistes, présenter intégralement  l’identité des femmes et des hommes, ne pas réserver aux femmes les questions sur la vie personnelle, diversifier les représentations des femmes et des hommes, veiller à équilibrer le nombre de femmes et d’hommes.

D’autres de ces recommandations ont posé problème et nous interroge sur la façon dont vous serez amenés à les mettre en œuvre –
celle sur l’accord des noms de métiers, titres, grades et fonctions, celle sur l’usage du féminin et du masculin dans les messages
adressées à toutes et à tous.

Certes, sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, il s’agit de faire preuve de volontarisme mais il nous faut garder néanmoins le sens de
la mesure.

La circulaire du 1er Ministre du 21 novembre 2017 relative aux règles de féminisation et de rédaction des textes publiés au Journal officiel de la République française appelle à féminiser les titres, les métiers et les fonctions en particulier dans les textes publiés au Journal officiel : « s’agissant des actes de nomination, l’intitulé des fonctions tenues par une femme doit être systématiquement féminisé sauf lorsque cet intitulé est épicène ».

L’Académie française déconseille elle la féminisation des noms de titres, grades et fonctions officielles, « par distinction avec les noms de
métiers, dont le féminin s’impose naturellement dans l’usage ».  Les particularités de la personne ne doivent pas empiéter sur le
caractère abstrait de la fonction dont elle est investie, mais au contraire s’effacer derrière lui.

Les fonctions n’appartiennent pas en effet à l’intéressé : elles définissent une charge dont il s’acquitte, un rôle qu’il assume, une
mission qu’il accomplit.

Lorsqu’on dit « Madame LA Maire de Romainville », cela signifie qu’il faut que le maire de Romainville soit une femme. Si on dit « Madame Le Maire de Romainville », cela signifie que le maire peut être un homme ou une femme mais qu’en l’espèce, il est une femme.

Quant à l’utilisation de l’écriture inclusive, la circulaire de novembre dernier est formelle : interdiction de cet usage qui consiste « à
substituer à l’emploi du masculin, lorsqu’il est utilisé dans un sens générique, une graphie faisant ressortir l’existence d’une forme
féminine ».

A l’inverse, l’écriture inclusive fait son chemin dans les collectivités. La ville de Paris va former 300 de ses agents à l’écriture inclusive et va constituer un groupe de travail pour réaliser un livret dans la perspective d’une généralisation de la communication inclusive à
l’horizon fin 2018.

Vous inscrivez-vous, Madame le Maire, dans cette voie ?
C’est l’écriture normale qui est inclusive, puisque le genre grammatical masculin est toujours inclusif sauf si on précise qu’il s’applique aux hommes mâles. La graphie aberrante proposée comme « inclusive » est simplement « explicite ».

Prenant acte de la diffusion de cette «écriture inclusive» qui «prétend s’imposer comme norme», l’Académie française a élevé une solennelle mise en garde: «La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité.
Comment les générations à venir pourraient-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ?
Nul ne peut régenter la langue, ni prescrire des règles qui violeraient la grammaire ou la syntaxe : elle n’est pas en effet un outil qui se
modèle au gré des désirs et des projets politiques.

Les collectivités territoriales sont des actrices essentielles de l’égalité entre les femmes et les hommes. Par leur statut d’employeuses, par la définition et la mise en œuvre de leurs politiques publiques, par leur connaissance et leur capacité d’animation des territoires, elles sont un véritable levier pour une action publique en faveur de l’égalité.

La communication publique  a une grande part de responsabilité mais elle ne fait pas à elle seule et toute seule la culture d’une société. C’est pourquoi il faut aussi interpeller solennellement les publicitaires, les médias, les industries du jeu, de la mode, des cosmétiques à engager une réflexion approfondie sur leur usage de la représentation et de la place des femmes.

Ce type de message par exemple ne doit-il pas vous obliger à intervenir … il s’agit d’un visuel de promotion du futur Village des marques !

C’est par notre mobilisation à tous, membres de la société civile, entreprises, associations, professionnelles, que nous remporterons ensemble ce combat culturel ; c’est parce que chacun dans ses choix quotidiens, dans ses expressions, dans ses engagements prendra en compte cette égalité, ce devoir de dignité que nous gagnerons la bataille culturelle.

 

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