La tour maraichère : une aberration et un risque économique !

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Acquisition amiable du terrain sis rue Albert Giry/rue Madeleine Odru correspondant au terrain de la tour maraichère
Vous a-t-on dit que nous étions opposés à ce projet de ferme verticale ?
Nous voterons contre bien entendu cette forme de spoliation du patrimoine des locataires de Romainville Habitat.
Lors du dernier conseil d’administration de l’Office, les représentants des locataires ont votés contre ou se sont abstenus.
En plus d’avoir pris en charge les frais du concours d’architecture, de mobiliser son personnel, l’Office cède aujourd’hui son patrimoine
gracieusement.
Les locataires peuvent effectivement légitimement s’interroger en vous entendant protester contre la baisse des loyers imposées par la
baisse des APL, menacer de ne plus entretenir le patrimoine tout en cédant pour 1€ symbolique un terrain qui vaut plusieurs centaines de milliers d’€.
Lors du dernier conseil municipal, nous vous avions demandé de nous préciser le modèle économique de l’activité de cet équipement. Nous vous avions montré des exemples de fermes verticales loin de ressembler dans leur fonctionnement à votre projet.
Vous nous aviez parlé de Vancouver et de Singapour- il s‘agit là-bas de « Rooftop framing », de serres maraichères implantées sur des toits d’immeuble, non de bâtiments de fer et de verre.
A Vancouver, où la Municipalité, j’en reparlerai, favorise l’agriculture urbaine en mettant en place une politique alimentaire locale, je suis navré de vous l’apprendre mais Alterrus qui exploitait ses serres a déposé son bilan.
Par contre, bonne nouvelle pour l’agriculture verticale aux États-Unis, la Start-up Plenty vient de lever 200 millions de $ – l’endroit est
surnommé « la Cathédrale » et ressemble à un immense hangar sous lumière artificielle.
Le mois dernier, vous nous avez répondu avec le mot magique E2S – économie sociale et solidaire … et insertion par l’économie.
Mots qui ne dédouanent pas celui ou celle qui les prononce de toute justification économique. Ce n’est pas les bons sentiments contre les
vilains marchands !
L’E2S est un mode d’entreprendre qui connait un développement fulgurant et on s’en félicite. Nous saluons les réussites Romainvilloises
de Baluchon et des confitures re-belle. Ces structures partagent des valeurs et des principes communs, celui d’une lucrativité limité, d’une vision démocratique de la gouvernance et un objectif de redistribution plutôt que de maximisation du profit. L’E2S est un formidable outil de développement des territoires qui correspond aux aspirations de nouvelles générations attirées par l’économie de partage et par une forme d’entreprenariat centrée sur l’intérêt général, le développement durable et l’éthique.
Si leur premier objectif consiste à avoir un impact social et/ou environnemental, ces entreprises sont à même de générer de la valeur
et d’être viable économiquement, tout simplement afin de pérenniser la démarche, d’autant plus lorsque l’activité repose sur des
investissements lourds d’infrastructures. On peut donc s’interroger sur la viabilité économique de votre projet.
Cette tour maraichère devrait s’appuyer sur une activité de production de végétaux à haute valeur ajoutée – les micro-pousses, dont il faut souligner ici le cout au kilo, près de 60€, pas certain que cela constitue l’assiette quotidienne des habitants de Cachin, des produits
maraichers plus traditionnels et de la ventre de services (animation, formation). En 2016, l’association Le Paysan urbain devait conduire une étude de faisabilité d’une activité de maraichage urbain hors sol. A-t-elle été finalisée ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots ? Est-elle consultable ?
L’exploitation et l’animation de cette ferme verticale devait être confié à un intermédiaire en délégation de service public, sans doute sous la forme d’un affermage – le concédé, le fermier reversant à la ville une redevance notamment destinée à contribuer à l’amortissement des investissements qui auront été réalisés. Pouvez-vous nous confirmer cela et si, c’est le cas, a-t-on une idée du montant de cette redevance ?
Un récent rapport de Finansol, une association spécialisée dans le financement de l’économie solidaire, a pointé les difficultés que rencontre ses structures : une tarification des services qui ne peut pas toujours couvrir les couts, des délais de versement des subventions qui occasionnent des problèmes de trésorerie ou encore l’insuffisance des fonds propres … Si le fermier retenu rencontre des difficultés et cessent son activité, qu’en sera-t-il de l‘exploitation de cette tour ? Est-ce que cela ne fait pas courir à la Ville qui en sera propriétaire un risque économique trop important ?
Le financement participatif et les investisseurs privés peuvent aussi s’impliquer dans ses projets. Vous nous en aviez parlé … qu’en est-il
du Fonds de dotation pour l’agriculture urbaine ? Il semblerait qu’il n’ait pas été constitué !
Ce projet est pour nous un contre sens économique et un contre sens écologique. Cette ferme verticale de fer et de verre est le symbole de l’agriculture industrielle, une vitrine du pire du productivisme sous couvert d’économie solidaire !
L’agence d’architecte dans son dossier de présentation parle de « reconnecter la ville et les champs, le ciel et la terre. ». Pour nous, l’enjeu de l’agriculture urbaine est de reconnecter avant tout les hommes et la terre, les hommes et le travail de la terre.
Nous sommes favorables à un soutien au développement de l’agriculture urbaine et, cette idée d’une Cité de l’agriculture urbaine pourrait nous séduire.Renouons avec notre passé maraicher en favorisant l’implantation de jardins familiaux ou de vergers clos comme il est envisagé dans le projet Gagarine et, puisque la pression immobilière rend difficilement imaginable que se développe une agriculture de pleine terre, implantons des serres maraichères sur les toits mais, ne jouons pas aux paysans en ignorant le drame qui se jour dans nos campagnes.
Seule l’agriculture paysanne nourrira l’humanité, ce qui suppose de favoriser l’installation de jeunes à la campagne, de valoriser les savoirs et les savoirs faire des paysans, d’empêcher la destruction des terres agricoles.
L’agriculture urbaine est l’occasion de s’interroge r sur notre rapport à la terre, à la nourriture et au partage. Cultiver en ville, c’est pour les habitants un moyen de se réapproprier certains espaces, de reconsidérer les rapports qu’ils entretiennent avec leur habitat, de renouveler les échanges sociaux.
C’est aussi une alternative permettant de reprendre le contrôle de son alimentation garantissant la proximité, l’accès a des produits frais, le respect de l’environnement et la qualité et la diversité des produits agricoles.
J’en reviens à Vancouver … construisons, Madame le Maire, un programme agricole et alimentaire locale, à l’instar de cette charte
alimentaire approuvée par la cité canadienne. Organisons des assises de l’agriculture en ville et définissons ensemble des programmes d’action. Avec ces millions d’euros économisés par l’abandon de ce projet, soutenons une multitude d’initiatives.
Faisons de Romainville une « Ville comestible » !

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